L'homme utilise mentalement les puissances de l'âme dans ses actes, remémorant avec la mémoire, comprenant avec l'intellect et aimant avec la volonté les objets qu'ils appréhendent. De même, l'ange parle avec lui-même lorsqu'il remémore, sent et aime distinctement, prenant à son compte les objets distincts par essence et par œuvres, suivant la nature qu'il possède d'intelligence, de volonté et de convenance dans son entité, unité et substance, et dans ses propriétés et conditions.
L'homme certifie sensuellement par des paroles à un autre homme ce qu'il remémore, aime et intellige. L'ange, lui, se parle intellectuellement à lui-même lorsque sa mémoire remémore pour que l'intellect comprenne et que la volonté puisse aimer. L'intellect intellige alors pour que la mémoire remémore et que la volonté puisse aimer. Enfin, la volonté aime pour que l'intellect comprenne et que la mémoire puisse remémorer.
L'ange bénin parle avec lui-même et, ce faisant, il suit l'ordre de son essence et la nature de son entité et de sa vertu dans les propriétés et les conditions, en recevant l'influence des dignités divines. Quant au mauvais ange qui parle avec lui-même, il fait tout le contraire.
Et cette disposition ordonnée est le parler de l'ange bénin. Si la disposition est désordonnée, c'est qu'il s'agit du parler d'un ange malin. Elle est désordonnée parce que sa mémoire, son intellect et sa volonté ne suivent pas la nature de l'essence, et les puissances ne sont pas ordonnées à l'existence d'actes dans les propriétés. Ces puissances ont des actes qui vont à l'encontre des propriétés et des dignités divines.
Certes, l'intellect humain intellige par les paroles sensuelles. Mais, selon la nature de l'intelligence en laquelle Dieu influe la grandeur de bonté, pouvoir, etc., il convient que l'intellect comprenne les choses sensuelles par l'intelligence. S'il ne le faisait pas, il s'ensuivrait que l'intellect aurait une plus grande proportion et participation avec la nature corporelle qu'avec la nature de l'intelligence qui est son principe et sa nature propre. Et cela est impossible.
Par cette impossibilité il est prouvé que l'intellect des anges, sans aucun moyen mais avec la grâce de Dieu, appréhende et intellige les choses sensuelles et les paroles que les hommes prononcent. Les anges s'adressent aux hommes pour autant qu'ils ont auparavant compris leurs paroles. Ils leur communiquent la grandeur de leur bonté, pouvoir, etc. et ils participent à la bonté, au pouvoir, etc. des hommes.