La Louange s'agenouilla devant la porte. Elle fut la première à exprimer ses propos affectueux : « Il est juste et digne que l'Enfant divin soit loué. Cela est bon et grand car l'œuvre humaine et l'œuvre divine sont unies en lui.
« Je n'ai pas assez de vertu pour le louer dûment, comme toute autre créature, mais je veux le louer suivant ma capacité et ma nature. L'Enfant est Fils de Dieu. Il est à la fois suprême bonté substantielle, suprême grandeur, suprême vérité et tous les autres attributs divins ; et il est homme, bonté et grandeur créés. C'est de tout cela que s'ensuit la réalité personnelle la plus haute de la nature universelle, par laquelle toutes les choses ont été faites et par laquelle elles ont été maintenues en l'être.
« En cet Enfant, l'univers entier est exalté, parce que l'homme participe avec toutes les créatures, et Dieu se fait homme. Dieu le Père a envoyé le Fils pour racheter le genre humain avec sa mort, et pour agir avec toute forme de pouvoir, que cet Enfant béni avait au plus haut degré. »
« N'est-ce pas dans votre ville de Paris que les averroïstes m'ont porté offense ? Ils affirment que selon ma manière spécifique de comprendre, qui est l'intelligible, la foi catholique est erronée et fausse ; mais d'autre part ils disent qu'elle est vraie en tant que foi. Ils m'outragent gravement, car ma manière de connaître n'implique pas de contradiction entre l'intelligence et la foi. Je cherche à me venger de ce dommage, autant que je le peux.
« Je suis la philosophie de deux manières. De la première manière, mon intellect produit la science avec l'apport de la sensibilité et de l'imagination. De la seconde manière, mon intellect collabore avec les douze impératrices, qui sont : 1) la Bonté divine, 2) la Grandeur, 3) l'Éternité, 4) la Puissance, 5) la Sagesse, 6) la Volonté, 7) la Vertu, 8) la Vérité, 9) la Gloire, 10) la Perfection, 11) la Justice et 12) la Miséricorde. Avec elles, je me place à un niveau supérieur, et j'ai une couronne d'or ; avec la sensibilité et l'imagination je suis à un niveau inférieur, et j'ai une couronne d'argent. »
L'Intellect répondit : « Je suis presque entièrement perverti. À Paris je suis devenu la proie des opinions. Que puis-je dire de plus ? Ma lumière devrait diffuser clarté et vérité, mais voilà que les erreurs des philosophes l'assombrissent. Elles m'oppressent et m'ôtent souffle et force. Je ne vois pas de remède, si ce n'est que Dieu me vienne en aide par l'intermédiaire du roi des Français. C'est urgent, les erreurs se multiplient, la vérité est étouffée. Et le pivot de tout cela est Paris. Renommée dit que j'y suis plus présente que dans n'importe quelle autre ville. »
La Philosophie se lamente, s'afflige et finit par s'exclamer : « Hélas ! Où sont les hommes religieux, lettrés et dévots qui devaient me porter secours ? » Et tenant ces propos, la Philosophie crie, soupire, pleure.
Il advient que Raymond, la Contrition et la Pénitence, sortent de Paris en devisant sur le mauvais état du monde. Ils parviennent à une agréable prairie où, sous un arbre dans lequel de nombreux oiseaux chantent, ils trouvent la Philosophie en compagnie de ses principes. Ils se récréent dans la beauté des plantes et le chant des oiseaux. À deux pas coule une belle fontaine.