Le Livre de la naissance de Jésus-Christ enfant

Raymond Lulle
Deux opuscules contre l'averroïsme parisien traduits du latin et présentés par Patrick Gifreu


Paris, hiver 1310-1311. Raymond Lulle, octogénaire infatigable, mène sa dernière bataille intellectuelle contre l'averroïsme qui menace l'unité de la pensée chrétienne. En vingt-quatre mois, il rédige plus de trente œuvres dans la capitale où Dante et Maître Eckhart cherchent au même moment à faire connaître leur nouvelle manière de concevoir la philosophie et le christianisme.

Le Livre de la naissance de Jésus-Christ Enfant, écrit la veille de Noël 1310, prend la forme d'une représentation sacrée. Six Dames allégoriques — Louange, Prière, Charité, Contrition, Confession et Satisfaction — viennent adorer le Nouveau-Né dans la crèche. Là, les dignités divines personnifiées leur exposent la doctrine trinitaire et réfutent les thèses des « faux philosophes ». La Vierge Marie les envoie ensuite auprès de Philippe le Bel pour lui transmettre trois requêtes : bannir Averroès de l'Université, fonder des écoles de langues pour les missionnaires, unifier les ordres militaires pour la reconquête de la Terre Sainte.

La lamentation de la philosophie, composée en février 1311, met en scène la Philosophie personnifiée pleurant le divorce consommé entre foi et raison. Dans un jardin paradisiaque, elle dialogue avec les principes de l'être — Forme, Matière, Mouvement, Intellect — pour démontrer l'impossibilité logique des positions averroïstes et restaurer l'unité du savoir.

Ces deux opuscules, complémentaires, offrent une synthèse vivante de l'Art lullien et constituent le testament philosophique du Docteur illuminé.

Le Livre de la naissance de Jésus-Christ enfant - Raymond Lulle

Parution : 05/02/2026

250 pages

13,97 × 21,59 cm

ISBN 978-2-38366-067-5

24,00 €

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Extraits

La Louange adore l'Enfant (II, 1)

La Louange s'agenouilla devant la porte. Elle fut la première à exprimer ses propos affectueux : « Il est juste et digne que l'Enfant divin soit loué. Cela est bon et grand car l'œuvre humaine et l'œuvre divine sont unies en lui.

« Je n'ai pas assez de vertu pour le louer dûment, comme toute autre créature, mais je veux le louer suivant ma capacité et ma nature. L'Enfant est Fils de Dieu. Il est à la fois suprême bonté substantielle, suprême grandeur, suprême vérité et tous les autres attributs divins ; et il est homme, bonté et grandeur créés. C'est de tout cela que s'ensuit la réalité personnelle la plus haute de la nature universelle, par laquelle toutes les choses ont été faites et par laquelle elles ont été maintenues en l'être.

« En cet Enfant, l'univers entier est exalté, parce que l'homme participe avec toutes les créatures, et Dieu se fait homme. Dieu le Père a envoyé le Fils pour racheter le genre humain avec sa mort, et pour agir avec toute forme de pouvoir, que cet Enfant béni avait au plus haut degré. »

La Philosophie pleure le divorce entre foi et raison (Prologue de La lamentation)

« N'est-ce pas dans votre ville de Paris que les averroïstes m'ont porté offense ? Ils affirment que selon ma manière spécifique de comprendre, qui est l'intelligible, la foi catholique est erronée et fausse ; mais d'autre part ils disent qu'elle est vraie en tant que foi. Ils m'outragent gravement, car ma manière de connaître n'implique pas de contradiction entre l'intelligence et la foi. Je cherche à me venger de ce dommage, autant que je le peux.

« Je suis la philosophie de deux manières. De la première manière, mon intellect produit la science avec l'apport de la sensibilité et de l'imagination. De la seconde manière, mon intellect collabore avec les douze impératrices, qui sont : 1) la Bonté divine, 2) la Grandeur, 3) l'Éternité, 4) la Puissance, 5) la Sagesse, 6) la Volonté, 7) la Vertu, 8) la Vérité, 9) la Gloire, 10) la Perfection, 11) la Justice et 12) la Miséricorde. Avec elles, je me place à un niveau supérieur, et j'ai une couronne d'or ; avec la sensibilité et l'imagination je suis à un niveau inférieur, et j'ai une couronne d'argent. »

L'Intellect perverti à Paris (La lamentation, Prologue)

L'Intellect répondit : « Je suis presque entièrement perverti. À Paris je suis devenu la proie des opinions. Que puis-je dire de plus ? Ma lumière devrait diffuser clarté et vérité, mais voilà que les erreurs des philosophes l'assombrissent. Elles m'oppressent et m'ôtent souffle et force. Je ne vois pas de remède, si ce n'est que Dieu me vienne en aide par l'intermédiaire du roi des Français. C'est urgent, les erreurs se multiplient, la vérité est étouffée. Et le pivot de tout cela est Paris. Renommée dit que j'y suis plus présente que dans n'importe quelle autre ville. »

La Philosophie se lamente, s'afflige et finit par s'exclamer : « Hélas ! Où sont les hommes religieux, lettrés et dévots qui devaient me porter secours ? » Et tenant ces propos, la Philosophie crie, soupire, pleure.

Il advient que Raymond, la Contrition et la Pénitence, sortent de Paris en devisant sur le mauvais état du monde. Ils parviennent à une agréable prairie où, sous un arbre dans lequel de nombreux oiseaux chantent, ils trouvent la Philosophie en compagnie de ses principes. Ils se récréent dans la beauté des plantes et le chant des oiseaux. À deux pas coule une belle fontaine.

À propos du traducteur

Portrait de Patrick Gifreu

Patrick Gifreu (Perpignan, 1952) passe une grande partie de sa vie reclus au pied de son œuvre, travaillant mezzo voce la matière rebelle des textes médiévaux catalans et latins. Traducteur, poète et chercheur indépendant, il a consacré quatre décennies à faire renaître en français l'œuvre immense de Raymond Lulle : Le Livre de l'Ami et de l'Aimé, Félix ou le Livre des merveilles, Blaquerne, Le Livre du gentil et des trois sages — et, aux éditions localement transcendantes, Le Livre des Anges et ce Livre de la naissance de Jésus-Christ enfant.

Inspiré par le Docteur illuminé, il suit la veine d'une théologie des humbles, des nomades et des artisans, captant le souffle de survie là où prend force la jubilation première. Son travail lui a valu le Prix de traduction de la Generalitat de Catalogne. Ses versions de Lulle, d'Arnaud de Villeneuve et de saint Vincent Ferrier ont été saluées par la presse nationale. Avec ce volume, il poursuit sa mission : rendre accessible l'Art lullien dans toute sa rigueur et sa portée contemplative.