L'Infinité divine depuis Philon le Juif jusqu'à Plotin
suivi de
Les Réminiscences de Philon le Juif chez Plotin

Henri Guyot
Introduction de Camille Barthélémy


Si Dieu est, il va pour nous de soi qu’Il doit être infini. Il n’en allait pas ainsi pour les Grecs. Pour eux, l’infini était l’inachevé ou l’informe, ce à quoi manque la limite ; la perfection se trouvait du côté de la mesure. Au IIIe siècle de notre ère, Plotin, le fondateur du néoplatonisme, renverse cette évaluation : le principe premier, qu’il nomme l’Un, est infini, et cette infinité fait sa perfection.

D’où vient ce renversement ? En 1906, Henri Guyot soutenait en Sorbonne qu’il venait de Philon d’Alexandrie, penseur juif du Ier siècle, et par lui, de la Bible.

Depuis, la question n’a reçu que deux autres réponses. Pour le philologue britannique E. R. Dodds, l’idée s’est formée par développement interne de la philosophie grecque, chez les commentateurs de Platon. Pour Émile Bréhier, traducteur de Plotin, elle est venue d’Inde. Les recherches ultérieures ont apporté des textes nouveaux, mais pas d’autre hypothèse.

L’hypothèse de Bréhier n’explique en outre rien philosophiquement puisqu’elle se contente de déplacer le problème géographiquement. Comment une idée qui semblait fort claire et fort distincte à Descartes peut-elle avoir une histoire ? Ici ou là-bas, l’infinité divine est-elle un résultat endogène ou un choc exogène ?

Bréhier a longtemps fait autorité. Guyot a été oublié. Rééditer ses thèses, c’est rouvrir une querelle que l’on a voulu tenir pour réglée, et cela pourrait bien montrer ce que l’on voudrait gagner à l’oublier.

L'Infinité divine depuis Philon le Juif jusqu'à Plotin, suivi de Les Réminiscences de Philon le Juif chez Plotin - Henri Guyot

Parution : 01/10/2026

428 pages

15,24x22,86 cm

ISBN 978-2-38366-079-8

38 €

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Contenu du volume

L'Infinité divine depuis Philon le Juif jusqu'à Plotin
(Ier s. av. J.-C. – IIIe s. ap. J.-C.)

La thèse s'ouvre sur une introduction consacrée à la philosophie grecque avant Philon. De Thalès à Démocrite, la pensée grecque hésite entre l'infinité et la détermination du principe premier. De Platon aux Stoïciens, l'infini devient l'imparfait, puis l'irréel.

La thèse suit ensuite la notion en trois parties. Chez Philon d'Alexandrie et dans la tradition juive, elle passe par l'infini en soi, les puissances intermédiaires et l'extase. Chez les néopythagoriciens, Plutarque et Numénius, elle hésite. Chez Plotin enfin, elle devient le centre d'un système : l'infini en soi, l'expansion de l'infini et l'infini par concentration ou extase.

Les Réminiscences de Philon le Juif chez Plotin
Étude critique

Guyot y dispose les textes de Philon et ceux des Ennéades en regard, avec le grec et la traduction. Il les commente selon trois chapitres : l'infinité divine, l'expansion de l'infini, l'extase.

Pour chaque rapprochement, il pose trois questions. L'idée a-t-elle été introduite dans la spéculation grecque par Philon plutôt que par un philosophe antérieur ? Plotin l'a-t-il reprise à Philon lui-même, et non à Plutarque ou à Numénius ? Comment l'a-t-il transformée ?

Cinq articles

  • « Sur le dieu de Platon », Revue de l'Institut catholique de Paris, 1903
  • « Sur l'ἄπειρον d'Anaximandre », Revue de philosophie, 1904
  • « Ammonius Saccas », Revue de l'Institut catholique de Paris, 1904
  • « La génération de l'intelligence par l'Un chez Plotin », Revue néo-scolastique, 1905
  • « L'“Infini” d'Anaximandre et le “Germe” d'Anaxagore », Revue de l'Institut catholique de Paris, 1905

En annexe, les recensions d'Émile Bréhier de la Revue internationale de l'enseignement (1907).

Introduction et édition

L'introduction de Camille Barthélémy retrace la démonstration de Guyot et la manière dont elle a été reçue. Elle confronte les textes de Platon que Plotin invoque. Elle discute l'objection de Dodds et examine l'hypothèse indienne.

Le texte est celui de l'édition Alcan de 1906. Il a été établi sur l'exemplaire numérisé de la Bibliothèque nationale, revu sur celui de l'Université de Toronto, et ses fautes d'impression ont été corrigées. Le grec a été vérifié sur les éditions qu'utilisait Guyot : Volkmann pour Plotin, Cohn-Wendland et Mangey pour Philon.

À propos de l'auteur

Henri Guyot est un philosophe et historien de la philosophie français du début du XXe siècle. Ses dates de naissance et de décès ne sont pas connues : ce que l'on sait de lui se reconstitue à partir de ses publications.

En 1904, il donne une édition de la Monadologie de Leibniz d'après le texte de Gerhardt. En 1905, il signe « Abbé H. Guyot » un article de la Revue néo-scolastique de Louvain. En 1906, il soutient en Sorbonne ses deux thèses de doctorat ès lettres, publiées la même année chez Félix Alcan.

Émile Bréhier les recense dès 1907. Stephen MacKenna les cite dans sa traduction anglaise des Ennéades, Harry Austryn Wolfson dans son étude sur les attributs divins chez Albinus et Plotin.